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l’application Yuka à nouveau condamnée face à un industriel

La fronde anti-Yuka, l’application qui note la valeur nutritionnelle des aliments, a remporté une nouvelle manche. Après la Fédération des industriels charcutiers traiteurs (FICT) fin mai, c’est au tour du fabricant de charcuterie ABC Industrie (membre de la FICT) de faire condamner l’application mobile lancée en 2017 au tribunal de commerce d’Aix-en-Provence. L’instance a condamné lundi l’entreprise à verser 25.000 euros de dommages et intérêts, contre 714.000 demandés par ABC Industrie, pour « pratiques commerciales déloyales » et « trompeuses » ainsi que pour « des actes de dénigrement » à l’encontre du fabricant de charcuterie.

Basé à Peyrolles-en-Provence (Bouches-du-Rhône), l’industriel, dont une gamme de jambons cuits jouit d’un mauvais classement par Yuka. En cause notamment, leur teneur en nitrites, contre laquelle Yuka s’est engagée. Résultat, ABC Industrie accusait l’application de lui avoir « occasionné d’importants préjudices financiers et moraux, outre une atteinte grave à sa réputation », selon le jugement que l’AFP a pu consulter.

Avec l’association de consommateurs Foodwatch et la Ligue contre le cancer, Yuka participe en parallèle à une campagne demandant le retrait des nitrites dans les charcuteries.

ABC Industrie reprochait aussi à Yuka de diffuser des informations fausses sur les dangers des nitrites pour la santé des consommateurs.

« Nous sommes plutôt satisfaits » du fait que le tribunal reconnaisse que « les informations délivrées par Yuka doivent être justes et scientifiquement prouvées », s’est félicité auprès de l’AFP Fabien Castanier, le délégué général de la FICT qui regroupe 300 entreprises, en majorité des PME.

Basée à Paris, la startup Yuka a bâti sa notoriété en alliant les exigences nutritionnelles des consommateurs avec la facilité d’usage. Au supermarché, le consommateur est ainsi invité à scanner le code barre de l’aliment pour obtenir son « nutriscore » via l’application. Sur son marché se trouvent d’autres acteurs tels ScanUp, Etiquettable et la base de données OpenFoodFacts.

La suppression des termes « cancérogènes » ou « génotoxiques » mais pas « mauvais » et « médiocre »

« Cette société vend essentiellement des produits à la coupe, ce sont des produits qu’on ne note pas dans Yuka », a réagi Julie Chapon, la cofondatrice de Yuka, qui a décidé de faire appel.

« Nous avons été condamnés pour préjudice moral et +réputationnel+ » mais « le système de notation de Yuka n’a pas été remis en question », ce qui « était leur principale demande », a-t-elle ajouté.

L’application devra toutefois retirer l’appréciation « risque élevé » attribué à l’additif E250 (nitrite) et supprimer toute mention précisant que les nitrites seraient « cancérogènes » ou « génotoxiques ».

La société ABC Industrie a en revanche été déboutée de sa demande de suppression par Yuka des qualificatifs « mauvais » et « médiocre » attribués à ses produits concernés.

Fin mai, le tribunal de commerce de Paris avait interdit à Yuka « d’opérer un lien direct » entre une pétition visant à interdire l’ajout de nitrites ou de nitrates dans les produits de charcuterie et les fiches de l’application relatives à ces derniers. Yuka a également fait appel de cette décision.

Notation des aliments: Yuka lance un premier « écoscore », pour « permettre d’agir »

(Avec AFP)