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le Pdg promet de rembourser les épargnants lésés

« Notre roadmap est déjà actée pour nous lancer aux Pays-Bas. Nous regarderons ensuite plus vers le nord et l’est de l’Europe, notamment au Danemark et en Allemagne », claironnait, le 5 juin dernier,  dans le quotidien belge L’Echo, Quentin Haddouche, Pdg de la néobanque Swoon, pour appuyer l’annonce de son entrée sur le marché belge. Cela, au moment où l’activité prenait tout juste son envol en France, après avoir passé l’année 2020 à tester leur produit en recourant aux services d’un bon millier de clients bêta-testeurs.

Patatras, le 26 juillet, la pépite lilloise Swoon SAS était mise en liquidation judiciaire, puis, le 12 août, c’était l’annonce de l’arrêt des activités de Swoon Europe à destination des particuliers. Fermeture du site internet, de l’application mobile et des comptes sur les réseaux sociaux… les clients n’ont plus que des adresses mails pour contacter la société. Et de nombreuses demandes de remboursement sont restées en suspens.

De fait, les clients qui avait fait confiance à cette néobanque pour placer leurs économies sont très inquiets. Sur des forums, par exemple celui de MoneyVox, ils témoignent de leurs espoirs déçus face aux promesses de rendement de 3% d’un « livret d’épargne », échangent des bribes d’informations pour savoir comment récupérer leur argent, menacent de poursuivre en justice le Pdg de la fintech.

Confusion avec un produit sûr et liquide comme le Livret A

La startup de service de paiement 100% en ligne, créée le 21 mars 2018, proposait dès le départ ce « livret d’épargne » avec un rendement à 3% d’intérêts, une offre très attirante aux yeux de ceux qui, cherchant un produit sûr et liquide, pouvaient le confondre avec le fameux Livret A, qui, lui, propose un taux de 0,5%.

L’astuce de Swoon? Le crowdlending, un mécanisme qui consiste à mettre en relation des épargnants avec des entreprises boudées par les banques traditionnelles pour se financer (ici, en privilégiant les domaines éthiques: santé, artisans, agriculture biologique) et à qui la néobanque accordait des prêts à 5%.

Interrogée par l’AFP, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le régulateur du secteur financier, considère qu’il est « impossible » actuellement « pour une vraie banque de proposer des livrets d’épargne garantis et sans risque avec une rémunération de 3% ou plus pour un tel produit ».

Le terme livret n’est pas encadré juridiquement (contrairement au terme néobanque, comme l’a rappelé le régulateur) et n’a pas « une définition économique précise », défend Maître Riglaire, avocat du fondateur de la société Quentin Haddouche, rapporte l’AFP.

« J’ai un peu l’impression qu’on cherche le nouveau Madoff »

Le Pdg de Swoon est sorti de son silence en ce début de mois de septembre. Il explique sur le site de MoneyVox que si Swoon SAS est liquidée, c’est son autre société, Financière de Garantie, qui n’est pas en cessation de paiement et qui dispose d’un agrément d’intermédiaire en opérations de Banque et en Service de Paiement (IOBSP), qui doit restituer aux épargnants concernés les sommes placées sur le Livret Swoon.

Mais « le sujet, c’est le temps »: Quentin Haddouche demande en effet de la patience aux épargnants concernés, qui sont « moins de 500 », estime-t-il sans vouloir être plus précis. L’avocat estime à environ 300 personnes le nombre de clients restant à rembourser, avec des montants moyens de 10.000 euros.

Face aux menaces d’un certain nombre de clients de porter l’affaire en justice, le fondateur de Swoon, proteste de sa bonne foi dans son entretien avec MoneyVox :

« J’ai un peu l’impression qu’on cherche le nouveau Madoff, on est à des années-lumière de cela (…). Nous avons toujours agi de manière honnête et la plus transparente possible. »

De fausses néobanques à l’épreuve du marché

L’affaire peut paraître anecdotique. Mais ce nouvelle épisode s’inscrit dans une liste déjà longue d’échecs en France. Les raisons en sont souvent différentes, mais toutes ces fintech avaient pour ambition de devenir des « néobanques », quitte à sortir de leur modèle d’affaires de départ.

Ainsi, la fintech toulousaine Morning a souhaité transformer son application de transfert d’argent pour devenir un vrai compte bancaire, quitte à franchir des lignes rouges réglementaires et finalement être contrainte de revoir sa copie dans le domaine de la carte prépayée, puis de la carte cadeau.

De son côté, le compte C-Zam de Carrefour n’a pas su mettre les effectifs en face de ses ambitions de conquête, avec en bout de course une mauvaise qualité de services et une incapacité à assumer les règles de conformité. Au final, le grand distributeur a arrêté la commercialisation du compte en 2020.

De même Fidor, au départ positionné sur une offre de « bank as-a-service » a tenté de jouer dans la cour des néobanques après son rachat par BPCE. Là encore, échec, qui a coûté cher au groupe mutualiste. Après une vague de lancement dans les années 2017-2018, le secteur des fintech ayant des ambitions de néobanques devrait se consolider et ne laisser que les leaders en place.

(avec AFP)