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Jack Dorsey met la main sur la fintech Afterpay pour 29 milliards de dollars

Elle est loin d’être la plus chère acquisition dans l’histoire de l’ogre Square, ce géant du paiement dirigé par Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter. Mais le rachat d’Afterpay, nouvelle pépite du paiement différé (ou fractionné) pour 29 milliards de dollars est emblématique. Avec ce modèle de paiement, le crédit à la consommation se voit en effet bousculé par les nouveaux usages numériques. Ce rachat intégral d’actions par la société de San Francisco valorise le titre Afterpay à 92,65 dollars, tandis qu’il valait 7,30 dollars début 2020, indique Square dans un communiqué dimanche 1er août. De fait, la crise du Covid-19 est venue accélérer les achats en ligne et, avec eux, ces nouvelles solutions de paiement.

De son côté, le groupe chinois Tencent, qui avait déboursé l’an dernier 220 millions de dollars pour acquérir une participation de 5% dans Afterpay, devrait donc percevoir 1,24 milliard de dollars.

En mettant la main sur les 16 millions d’utilisateurs et près de 100.000 boutiques en ligne revendiqués par Afterpay, Square a bien l’intention de bâtir un écosystème complet autour des transactions en ligne. L’application est déjà présente en Australie mais également aux Etats-Unis, au Canada, ainsi qu’au Royaume-Uni, en France et en Italie.

Le closing de l’opération est prévu pour le premier trimestre 2022.

Un marché en plein essor

Depuis sa création en 2009, Square, qui s’adresse aux marchands en ligne et aux entreprises pour gérer leur phase de paiement, a réalisé 20 acquisitions. Après Weebly (365 millions de dollars), Tidal (350 millions), le montant total de ces acquisitions dans la tech, la logistique, l’e-commerce ou l’alimentaire, atteint 715 millions de dollars, rappelle le site spécialisé en capital-risque Tracxn.

Fondée en 2014 par les Australiens Anthony Eisen et Nick Molnar, Afterpay prélève une commission auprès des e-marchands pour proposer à leurs clients des paiements en plusieurs fois sans frais. Avec un coût en moins dans son modèle économique : sans les vérifications bancaires spécifiques aux offres de crédit « classiques ».

Concrètement, la société propose une application qui permet d' »acheter et de payer plus tard » des petits achats via des versements réguliers. Contrairement à une carte de crédit, les utilisateurs n’ont pas à payer d’intérêts ou de frais d’adhésion et les plafonds de dépenses restent bas.

Ceux qui ne peuvent pas honorer leurs échéances de paiement se voient infliger des pénalités – pour les utilisateurs australiens, jusqu’à 25% du prix d’achat, avec un plafond de 68 dollars australiens (42 euros) par commande.

La majorité des revenus de la société proviennent de la facturation aux vendeurs des coûts de transaction.

Face à elle, se trouve toutefois le géant suédois Klarna, positionné sur la même offre et qui vient de lever un milliard de dollars. Tous deux sont d’ailleurs présents sur le marché français. A surveiller également dans l’Hexagone, les startups FLOA (ex banque Casino) ou Oney, mais aussi avec de nouveaux entrants, comme Alma ou Pledg, sur un marché en plein boom.

En France, ce marché pourrait ainsi atteindre les 10 milliards d’euros à la fin 2021, selon les estimations des professionnels, contre 6 milliards d’euros en 2019. D’autant que le déconfinement devrait libérer certaines activités friandes de paiement fractionné, comme le voyage et les loisirs.

(Avec Reuters)

« Nous sommes avant tout une solution de shopping » (Eric Petitfils, Klarna France)